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DE LA VILLE DE PARIS.
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jamais si bien composez en si grande quiétude, re­pos, transquilité, hors de trouble, commotion et division, qu'ilz ont esté en ce tumulte et trépidation soudaine advenue es jours passez es environs de voslredicte ville. Nous ne faisons pas doubte que l'on ne vous ayt peu dire le contraire, et que l'on n'ayt pancé plus à ce qui povoit advenir que à ce qui est advenu, mesmes au desmesnaigement de l'an mil v° xliiii qui infiniment cousta'1'. Toutelïoiz tant s'en fauct'que à ce nouveau tumulte l'on ayt pensé a desloger ou desmesnaiger, que l'on a rien moings pancé en ce monde; et estoient tous ceulx de voslredicte ville en ceste deliberation, si les choses fussent allez plus avant, de vivre et mourir en ceste ville et d'endurer plus tost toutes choses [que] de voulloir eulx retirer. Chascun y a faict cn son en­droict ce qu'il a peu.
"De nostre part, ayant à faire à beaucoup de gens de diverses humeurs et complections, nous avons tousjours faict bonne responce à ung chascun, et avons scecouru et entretenuz tous ceulx qui sont venuz vers nous en telle esperance qu'ilz povoient et debvoient esperer de vous et telle qui est portée par voz lettres dernieres et par voz premieres lettres,
mesmes par celles que le sr de Breda, l'ung de nous envoyé par devers vous, nous a apportéez (-'. Tant y a que nous povons escripre certainement qu'il n'y a eu aucun effroy en ceste ville. Tout l'effroy que l'on pouroit avoir eu, si se povoit ou debvoit nommer effroy, ce a esté par pitié et humanité que l'on a eu de noz pauvres voisins, dont le plat pays avoit esté et est gasté par noz ennemys. Nous avions faict lever vc hommes de pied pour envoyer à Compiengne, qui est principallement ce qu'ilz nous avoient de­mandé, par l'advis et deliberation de monseigneur le cardinal dc Bourbon, envoyé de par vous en ceste ville; mais atendu l'estat où nous sommes de pre­sent, il n'a semblé bon les faire marcher par pays ; aprés avoir esté contentez, ont esté renvoyez à leurs maisons'3).
«Sire, nous prirons Nostre Createur vous donner sa grace, et en bonne et parfaicte santé trés longue et trés heureuse vie.
"A Paris, ce xxejour d'Oclobre mil vc lu.
"Vos trés humbles et trés obéissans subjeetz et serviteurs,
"Les Prevost des Marchans et Eschevins de la ville de Paris."
LII. — Responce aux lettres de Monseigneur le reverandissime Cardinal de Lorraine.
20 octobre 1552. (B fol. 27 v°.)
Monseigneur, "Nous avons receu vostre lettre escripte a Reyms le xixe jour de ce moys, ensemble celle qu'il a pleu au Roy nous escripre d'un mesme jour et datte W, par lesquelles nous avons entendu certainement la rclraittc de nos ennemys dont il estoit et cou-roit quelque petit bruyt. Vous povez penser le contentement qui nous a esté de veoir noz proches voisins, dont le mal retournoit et retomboit sur nous, hors du peril et du dangier où ilz crai-gnoient de tomber; et povez estre asseuré qu'il n'y a eu autre effroy et estonnement en ceste ville, sinon la querelle continuelle de noz voisins qui nous de-mandoient d'heure à autre secours et ayde, et quant l'ung estoit parti retournoit l'autre. Ses plainttes ne
se fesoient et ne se povoient faire sans suitte ; nous avons tasché à les faire contens de nous, les remet-tans tousjours à la bonne prudence, cure et sollici­tude du Roy, qui en donneroit tel ordre que les choses ne passeroient plus oultre ne. plus avant. Nous ne voulons pas faillir à le vous escripre, vous le sçavez mieux d'autres que de nous, que oncques n'y eut si grande quiétude ni transquilité en ceste ville.
"Monseigneur,nous prirons Nostre Createur vous donner sa grace et en santé bonne vie et longue.
k A Paris, ce xx0 jour d'Octobre mil vc lu.
"Vos trés humbles obéissans serviteurs,
"Les Prevost des Marchans et Eschevins de Paris."
(1' Ce passage fait allusion à l'émotion populaire qui régna à Paris, à la suite des succès remportés par Charles-Quint en Picardie et en Ponthieu, dans ia campagne que termina le traité de Crépy (18 septembre 1544). — Le Registre H 1-80*, qui se rapporte à cette période de temps, ne fait pas mention expresse de l'état d'esprit signalé dans notre texte; il se borne à relater les mesures prises officiellement pour la défense de la Ville (fol. 42 et suivants).
'2' En dale du 18 octobre; art. précédent.
(3)   Les divers détails rappelés ici visent les délibérations et messages qui constituent les art. XXXVII à XLI et XLVII du présent Volume.
(4)   Ces deux lettres sont rapportées à l'art, ci-dessus XLVI.